Institut Jean-Garon

L’Institut Jean-Garon est un organisme de partage des connaissances, de réflexion et de débat sur les grands enjeux du secteur agroalimentaire québécois. Non partisan et indépendant, il vise à créer des ponts entre le monde urbain et la ruralité.

Y aura-t-il un Pape François au sein de l’UPA?

 

L’UPA, comme l’Église catholique, est une grande institution qui, dans son domaine, a eu une influence que je qualifierais de civilisatrice. Mais, comme l’Église catholique, sa prétention d’être Une, Sainte, Syndicale et Apostolique, est dépassée.Autrement dit, son monopole sur la représentation syndicale et la perception des cotisations n’a plus sa raison d’être et, comme l’église, l’UPA a besoin d’un grand réformateur.

L’UPA, et son ancêtre l’Union des cultivateurs catholiques (UCC), ont effectivement contribué grandement à l’évolution du Québec vers une société plus juste et civilisée, comme le mouvement coopératif dont elle fut toujours la sœur, sœur souvent ennemie, mais sœur quand même.

Dans le tourment des crises qui ont ravagé le Québec rural de la première moitié du 20e siècle, le regroupement de ceux qu’on appelait les cultivateurs au sein d’une union forte a aidé ce Québec rural à sortir d’un sous-développement larvé et à accéder à la modernité. 

Même au cours des années 1970, les grandes avancées que furent l’émergence de la gestion de l’offre, la protection du territoire agricole et la stabilisation des revenus ont été grandement facilitées parce que le monde agricole parlait d’une seule voix. Cela aurait-il pu se faire dans la pluralité des instances?  Sans doute pas aussi rapidement ni de façon aussi décisive.

Qu’en est-il aujourd’hui?  Comme l’Église catholique devenue toute puissante a elle-même contredit son message d’amour en massacrant pendant des siècles ceux qui n’embrassaient pas sa foi, l’UPA toute puissante contredit sa légitimité démocratique en niant la liberté d’association de ses membres.

Surtout, le développement de l’agriculture, que l’UPA a elle-même favorisé, rend de plus en plus obsolète son rêve d’hégémonie, comme le développement des connaissances a miné de l’intérieur le dogme de l’infaillibilité de l’église.

En 1972, année où le monopole syndical de l’UPA a été consacré dans la loi, l’agriculture québécoise était beaucoup plus monolithique et pouvait plus facilement s’accommoder d’un modèle unique. Or, il y a déjà dix ans, le Rapport Pronovost soulignait l’émergence de nouveaux modèles et d’une multitude de nouvelles productions et, conséquemment, l’impossibilité de faire entrer tout cela dans un système de représentation unique. Aujourd’hui, l’agriculture est encore beaucoup plus « plurielle » et les coutures du corset craquent de partout. 

Puissance et argent

De tout temps, les théologiens ont trouvé de bons arguments pour justifier les anathèmes, les excommunications et, même, les bûchers de l’inquisition. De même, il est troublant d’entendre les défenseurs du monopole syndical évoquer, pour le justifier, l’exception agricole, cette faiblesse inhérente au producteur individuel devant les forces du marché. 

Or, le droit des producteurs de s’unir dans un plan conjoint pour accroître leur force face au marché n’a rien à voir avec le monopole syndical.  Les plans conjoints et, conséquemment, la gestion de l’offre se porteraient même mieux si la pluralité de l’agriculture moderne se reflétait davantage dans la gouvernance de ces institutions trop contrôlées par le syndicat unique.

Non, la soif de puissance de l’UPA n’a pas ses racines dans la défense de la mise en marché collective des produits agricoles, mais, beaucoup plus prosaïquement, dans la défense de ses revenus.  Laurent Lessard, pendant le deuxième de ses trois mandats de ministre de l’Agriculture, l’a lui-même reconnu en 2011 en s’opposant au pluralisme syndical « parce que tout le monde voudra avoir sa cotisation et ce sera autant d’argent retiré à l’UPA »[1].

La puissance et l’argent sont deux forces qui s’alimentent et ont besoin l’une de l’autre.  Dans sa longue histoire, l’église l’a souvent démontré.  Aujourd’hui, il y a un pape François qui veut la ramener à ses origines plus humbles, quitte à laisser plus de place à la pluralité. La question qui se pose est : y aura-t-il un pape François au sein de l’UPA?

 

Simon Bégin

Porte-parole de L'Institut Jean-Garon


[1] Radio-Canada, 29 septembre 2011

Un espace protégé

 

Les amis et associés de l’Institut Jean-Garon sont des gens de principe qui ont intégré leurs valeurs dans un code d’éthique où la transparence, l’objectivité et la rigueur intellectuelle occupent la première place. Les codes d’éthique, comme la beauté, varient en fonction des perceptions de ceux qui les regardent. Il est donc souhaitable, au moment où nous lançons le premier de ces billets d’opinion, de donner à nos principes des formes bien concrètes et de baliser l’espace de discussion que nous voulons protéger.

 

L’Institut est ouvert à tous les points de vue et examinera systématiquement toutes les dimensions des problèmes auxquels il s’attaquera. Nous refusons les visions délibérément partielles et les portraits tronqués. Ceux qui participent à nos débats méritent aussi respect et considération.

Plusieurs ont derrière eux des réalisations qui ont soulevées la controverse ou bousculées des idées qu’on tenait pour acquises. Ils ont du vécu qu’on ne doit surtout pas leur reprocher pour leur demander, tout simplement, de l’ouverture.

 

Certains intervenants peuvent aussi être tentés de reprocher à nos collaborateurs leurs liens avec des organismes ou personnes qui affichent des positions qu’ils n’aiment pas : pluralisme syndical, journalisme d’opinion, agriculture émergente, agriculture productiviste, etc. Le code d’éthique de l’Institut interdit aux intervenants d’utiliser ces fréquentations pour brouiller ou maquiller les débats. 

 

L’Institut est non partisan et indépendant de tout intérêt particulier ou politique. La manipulation et les stratégiques politiques n’y ont pas leur place. L’Institut veut tout simplement devenir le carrefour de choix où se rencontreront, au-delà des intérêts particuliers, tous les québécois qui ont à cœur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

 

Nos parrains et amis ont souvent travaillé dans des univers fort différents et fréquenté une agriculture plurielle toujours en quête d’adaptation. Ils partagent la même passion et le même engagement : développer un modèle agroalimentaire à la mesure des besoins économiques et sociaux des québécois.

Ceux qui viendront se joindre à leurs discussions sont invités à respecter les règles qu’ils se sont données.

 

Jean Pronovost

Président

Institut Jean-Garon