PARTIE V – Vision, méthode et quelques-unes des réalisations de Jean Garon à Lévis

Extraits de « Pour tout vous dire », une biographie de M. Jean Garon (2013)

Édition La Vie agricole / VLB

Le grand Lévis (pages 483-484)

J’ai toujours cru au potentiel du grand Lévis, comme j’aime appeler la rive sud du Saint-Laurent en face de Québec. Sur le plan géographique, c’est un territoire magnifique et pas seulement parce qu’on y découvre un des plus beaux panoramas au monde avec le vieux Québec à l’avant-plan, et tout autour, le fleuve, les Laurentides et l’île d’Orléans. Qu’on imagine un vaste plateau fertile parsemé de zones encore sauvages, ouvert vers le sud par les vallées de la Chaudière et de l’Etchemin et bordé au nord par la falaise du Saint-Laurent, à l’exception de l’échancrure de Saint-Romuald dont le vieux centre-ville donne directement sur le fleuve, et où j’habite depuis près de quarante ans.

Sur le plan économique, Lévis a les multiples atouts que lui confère son statut de passage obligé entre l’est et l’ouest du Québec et même du Canada, traversée qu’elle est par l’autoroute 20, la voie maritime du Saint-Laurent, la voie ferrée transcontinentale et tous les grands réseaux de transport d’énergie, qu’il s’agisse de l’hydroélectricité, du pétrole ou du gaz.

Son histoire est également très riche. On y retrouve de très anciennes traces d’occupation humaine, surtout près de l’embouchure de la Chaudière, où les autochtones se rencontraient tous les printemps pour la traite. C’est à l’est du territoire, à la Pointe-Lévy, que s’est établi en 1647 Guillaume Couture, premier défricheur des terres vierges de la Seigneurie de Lauzon et héros méconnu de l’histoire du Québec. Pendant la terrible année 1759, les troupes de Wolfe y ont pratiqué la politique de la terre brûlée pour terroriser les habitants considérés hostiles et c’est des hauteurs de Lévis que les canons anglais ont bombardé Québec durant des mois avant l’assaut du 13 septembre.

Durant toute la seconde moitié du xixe siècle, Lévis a été l’un des plus importants ports de la côte est de l’Amérique du Nord, rivalisant un certain temps avec New York. Jusqu’à l’ouverture du Pont de Québec, en 1917, c’est là que le développement industriel et commercial se faisait, bien plus qu’à Québec, ville de fonctionnaires, ecclésiastique et de garnison, sans chemin de fer et sans débouché vers l’est.

Tout cela a donné une capitale régionale forte, avec des institutions, des commerces, des industries et surtout une culture de développeurs qui en font un pôle extrêmement dynamique. Le grand Lévis n’est donc pas une simple banlieue de Québec, mais un territoire qui a sa personnalité propre. Pour moi, si son destin doit être lié à celui de la capitale, c’est dans une relation de partenariat d’égal à égal, et non pas dans un rapport de dépendance presque colonial. Cette conviction a toujours guidé mon action comme député et comme maire, sans oublier l’importance du rôle de Lévis comme métropole de la région Chaudière-Appalaches.

Ma méthode appliquée à la ville (pages 493-495)

J’ai été élu maire de la nouvelle ville de Lévis à l’automne 2001 avec un mandat fort. Je pouvais enfin appliquer la méthode que j’ai déjà souvent décrite, et qui n’avait pas donné de si mauvais résultats au provincial.

Au départ, il m’a fallu faire un choix stratégique : la nouvelle ville aurait une administration centrale forte pour mieux l’unifier. Il y aurait des arrondissements – nous n’avions pas le choix –, mais avec un minimum de responsabilités. Pas question de créer des directeurs généraux d’arrondissement comme à Québec ou d’avoir un service des loisirs éclaté en trois. J’ai tenu les cordeaux serrés face à une administration qui voulait grossir toujours plus et à des échevins qui n’auraient pas détesté se bâtir de petits royaumes sur les fondations des anciennes villes. La dernière chose que je souhaitais, c’était de me ramasser avec une grosse administration centrale et de grosses administrations d’arrondissements sur le modèle ingérable de Montréal ou, dans une moindre mesure, de Québec

Cela nous a donné une ville dont le taux de taxation de base n’a pas augmenté une seule fois dans les quatre ans de mon administration et dont la dette diminuait[1]. Une formidable croissance économique a soutenu la mise en place de la nouvelle ville : durant la seule année 2004, la valeur des permis de construction a augmenté de 53 % à Lévis, soit trois fois plus vite que la moyenne provinciale, et plus de 3 000 emplois ont été créés. De plus, Lévis est demeurée entre 2002 et 2005 l’une des villes, sinon la ville du Québec de plus de 100 000 habitants dont le coût de fonctionnement par habitant a été le moins élevé[2].

Je savais d’instinct que la nouvelle ville ne tiendrait pas le coup si les contribuables avaient l’impression que l’administration municipale profitait de la fusion pour se servir. Il fallait entre autres contrôler la masse salariale. Le gouvernement avait inscrit dans la loi l’obligation d’harmoniser les conventions collectives, mais à coût nul. Plus facile à dire qu’à faire car, s’il n’était pas question de diminuer la rémunération des employés les mieux payés, il fallait aussi répondre aux attentes de ceux qui, en bas de l’échelle, voulaient atteindre la parité le plus rapidement possible.

Mon expérience de la négociation des conventions collectives des enseignants, du temps où j’étais ministre, m’a été des plus utile : il n’y a pas eu de grève, peu de moyens de pression et pas d’insultes. Nous avons réglé les choses syndicat par syndicat, convention par convention (policiers, pompiers, cols bleus, cols blancs et cadres) en respectant à la lettre notre cadre financier. Les augmentations devaient être compensées par des économies dans l’organisation du travail. Ainsi, les employés ont accepté d’assumer la moitié des risques de déficit de leurs fonds de pension, un point très important pour l’avenir des finances de la ville. Actuellement, les grandes villes de Montréal et de Québec visent cet objectif que nous avons négocié dès 2005.

Une locomotive économique (pages 495-496)

La paix syndicale assurée et ses finances bien contrôlées, la nouvelle ville de Lévis a connu dès le début une croissance exceptionnelle. Les revenus augmentaient régulièrement en raison du dynamisme de la construction et de la vigueur de l’économie[3]. Grâce à cela, nous avons pu faire face aux nouvelles responsabilités de la grande ville, notamment en matière de sécurité publique, de développement économique et d’organisation du territoire, sans augmenter les taxes, en diminuant la dette et même en constituant des fonds de réserve pour les imprévus. Qui dit mieux ?

Bien sûr, la situation géographique de Lévis, sa démographie et la force de ses institutions expliquent bien des choses. Encore fallait-il faire les bons choix et donner les bonnes orientations. Ainsi, la création de la nouvelle ville a été une occasion merveilleuse d’utiliser mon vieil outil des conférences socio-économiques. Au cours de ces années de mise en place, les acteurs du milieu, que ce soit sur le plan social, culturel ou économique, ont été consultés comme jamais. L’exercice de planification stratégique, qui s’est tenu principalement en 2004, a permis à des centaines de personnes de s’entendre sur les priorités de la ville pour les dix années suivantes et de se donner une vision commune sur laquelle bâtir du solide.

Trois pôles (page 496)

J’ai toujours cru que lorsqu’on met suffisamment de personnes de bonne volonté ensemble, le bon sens ne peut que triompher. Et c’est ce qui s’est produit avec cet exercice de planification stratégique. Sans que je n’aie eu à l’imposer, la vision d’une ville à trois pôles de développement que j’avais élaborée en plus de vingt ans d’observation du milieu comme député a émergé de ces consultations.

La nouvelle ville permettait enfin de mettre chaque chose sa place en misant sur les forces de chaque secteur géographique : l’institutionnel dans l’est, autour du Centre des congrès, le commercial à grand volume au centre, près des ponts et du carrefour des autoroutes 20 et de la Beauce, et l’industriel léger et le résidentiel dans l’ouest, en raison de la disponibilité des terrains et de l’accès facile aux grands axes de communication.

Il ne s’agissait évidemment pas d’interdire le développement commercial hors du centre, de l’industrie dans les parcs industriels de Saint-Romuald et de Lauzon ou du résidentiel là où le besoin s’en ferait sentir. L’approche visait tout simplement à orienter ces efforts et à localiser les projets structurants en conséquence.

Les grands projets (pages 497-501)

J’ai tenu comme maire à conserver la responsabilité directe du développement économique et de la planification stratégique, avec des hommes clés comme Philippe Meurant, au développement économique, Benoît Chevalier à l’aménagement du territoire et Robert Cooke à l’urbanisme. Avec dans le corps une dizaine d’années d’expérience comme ministre dont neuf dans un ministère économique, je savais comment négocier avec un promoteur et aller chercher le maximum de retombées pour la collectivité. Tous les grands projets ont donc été gérés depuis mon bureau, sans compromis, et sans enveloppes brunes. Il y en a eu trop pour tous les énumérer, mais j’aimerais en résumer quelques-uns qui me semblent particulièrement parlants.

Le Centre de congrès et d’expositions de Lévis

S’il y a une réalisation dans le nouveau Lévis qui correspond à la définition d’un projet moteur, c’est bien le Centre de congrès et d’expositions. Si Desjardins investit massivement sur son campus de Lévis, si l’Université du Québec a fini par s’installer dans un pavillon digne de ce nom, si Lévis n’est plus un «no man’s land» pour la restauration et l’hôtellerie et si les condos et les espaces de bureaux ont explosé dans ce secteur, c’est à cause de cette formidable bougie d’allumage.

Comme député, j’ai poussé pendant des années la ville de Lévis pour qu’elle aille de l’avant dans ce dossier. Ma plus grande crainte était que, faute d’un endroit adéquat pour se réunir, le Mouvement Desjardins finisse par se développer ailleurs qu’à Lévis. Mais rien ne se passait. Les projets locaux se sont succédé, mais ils étaient toujours trop petits ou mal localisés. De toute évidence, l’ancienne ville n’était pas assez bien équipée pour piloter un dossier d’une telle envergure.

Une fois que j’ai été à la tête d’une ville de 125 000 habitants dotée d’un vrai service de développement économique, j’ai enfin pu m’attaquer à ce dossier sans intermédiaire. La conception et la réalisation du centre des congrès avaient compté parmi les principaux engagements de mon programme électoral dans la campagne de 2001. Le concept d’un centre d’une capacité d’au moins 1 000 places, dans une formule de partenariat public-privé, avec un hôtel et des espaces à bureau a été développé ; un appel d’offres a été lancé pour trouver un promoteur en mesure de satisfaire aux exigences de la ville et une solution originale et élégante a été trouvée pour permettre la participation de la ville au montage financier car la loi interdisait de contribuer directement à un tel équipement[4]. Enfin, j’ai multiplié les démarches auprès des gouvernements supérieurs pour obtenir leur participation.

Lorsque j’ai quitté la mairie, il ne manquait que la confirmation de la participation du gouvernement du Québec pour la première pelletée de terre, confirmation qui est arrivée peu de temps après. L’important est qu’elle soit arrivée et je me réjouis aujourd’hui de voir toutes les retombées que j’avais anticipées se matérialiser, même si la personne qui m’a succédé et qui s’en vante aujourd’hui avait toujours voté contre le projet.

Un méga-centre commercial à l’entrée des ponts

Ce grand centre commercial situé à l’entrée sud des ponts est une autre locomotive économique dont je suis fier. C’est par d’anciens contacts chez Ivanohé-Cambridge, établis du temps où cette société appartenait à Steinberg, que ce projet m’a été présenté. Là aussi, le montage financier a été complexe avec une participation du promoteur, du ministère des Transports et de la ville sur un site difficile à aménager. Je ne me souviens plus combien il a fallu de séances de travail et de versions des plans pour en arriver à un compromis acceptable qui tenait compte des exigences de la ville en termes d’aménagement, des contraintes du ministère pour assurer la fluidité de la circulation à l‘entrée des ponts et de la rentabilité de l’investissement pour le promoteur.

Le centre est un atout majeur pour attirer et retenir à Lévis les consommateurs et les centres administratifs. Tout ce secteur de la route 132 connaît depuis un développement accéléré. Encore là, j’ai eu de l’opposition autour de la table du conseil, notamment de la part de la personne qui m’a succédé, qui aurait voulu que le projet se réalise dans son quartier.

Relocalisation de D. Bertrand et Fils

Je suis toujours ravi quand un projet économique engendre une cascade d’effets plus positifs les uns que les autres. Tel a été le cas avec la relocalisation de l’entreprise de distribution alimentaire D. Bertrand et Fils.

En 2004, j’ai appris que cet important employeur de Charny voulait se relocaliser à Québec. L’entreprise, qui s’était installée dans les années 1950 dans ce qui était alors un secteur rural, se retrouvait aujourd’hui en plein quartier résidentiel. Le voisinage n’en pouvait plus du bruit des systèmes de congélation de l’entreprise qui opéraient jour et nuit, et les installations étaient désuètes.

J’ai demandé à rencontrer M. Bertrand pour le convaincre de rester à Lévis. En jasant avec lui, j’ai constaté que la majorité de sa distribution se faisait sur la rive sud. Pourquoi faire traverser les ponts à tous ses camions alors que seuls quelques-uns avaient besoin de le faire ? Je l’ai facilement convaincu qu’il serait mieux localisé dans le parc industriel de Lévis-ouest (Saint-Nicolas) qui, pour moi, a toujours eu une vocation naturelle dans le secteur des transports. Restait le problème des anciennes installations. Elles étaient à vendre, et une autre utilisation industrielle n’aurait pas réglé le problème de voisinage avec le quartier. J’ai proposé que la ville achète le site à la condition que l’entreprise demeure à Lévis. Nous l’avons utilisé pour construire les logements sociaux et aménager un parc, des équipements dont le secteur avait bien besoin mais qui ne se réalisaient pas faute de terrain.

Ce fut donc un beau triplé : un investissement de près de 15 millions de dollars a maintenu 150 emplois à Lévis, un quartier a retrouvé la paix et un projet social a enfin pu voir le jour.

Le parc technologique

J’ai toujours voulu que Lévis ait un parc industriel spécialisé dans la haute technologie. Cependant, il n’était pas question d’une simple extension du parc technologique de Québec, que plusieurs souhaitaient établir sur des terrains près des ponts.

Encore une fois, je suis passé pour un chicaneur et un anti-Québec, mais cela aurait été une erreur. Nous avions déjà dans l’est une base en recherche et développement constituée autour de l’Université du Québec, de l’Hôtel-Dieu, du Cégep et du centre de recherche en agro-alimentaire AgBiocentre. Il fallait miser sur ces forces pour créer un parc technologique doté de ses propres créneaux, dans une perspective de partenariat interrégional plutôt que de dépendance. L’économie d’énergie m’apparaissait comme une vocation naturelle de ce parc, compte tenu de la forte présence des grands réseaux de distribution d’énergie sur notre territoire.

Au moment où j’ai quitté la mairie, la conception de ce parc technologique était bien avancée, les contacts avec des partenaires intéressés comme l’École de technologie supérieure de Montréal étaient établis et le site, à proximité de l’université, du Centre de congrès et d’expositions et de Desjardins, avait été choisi. Huit ans plus tard, je constate que, si l’idée de ce parc a été retenue, il n’est encore qu’à ses premiers balbutiements.

Prospérité et qualité de vie (pages 501-506)

Le bonheur national brut avait été au cœur de ma campagne à la chefferie du Parti Québécois, en 1985. À la mairie de la nouvelle ville de Lévis, l’expression est devenue « le bonheur municipal brut », une façon pour moi d’exprimer que, si le développement économique est un moteur essentiel, sa finalité doit être la qualité de la vie.

Cette orientation a mené à ce que je crois être deux de mes grands legs à la ville de Lévis, soit un réseau de grands espaces verts protégés pour les générations futures et une politique de la famille.

Le Parc des Chutes-de-la-Chaudière

Lorsque je me suis attaqué à ce dossier pour la première fois, j’étais député de Lévis depuis peu. À l’époque, le site, un des plus beaux de la région de Québec, était encore défiguré par les travaux de construction du pont Laporte, de la 20 et de l’autoroute de la Beauce : des montagnes de terre, de sable et de gravier occupaient tout l’espace.

L’endroit attirait la convoitise de bien des développeurs et il a d’abord fallu que je me batte contre toutes sortes de projets, dont celui d’y construire un hôtel. J’ai convenu avec le ministre des Transports du temps, Lucien Lessard, que les Chutes deviendraient un grand parc régional et, à partir de ce moment, étape par étape, budget par budget, tout s’est mis en place : une bretelle d’accès pour que le site ne soit pas enclavé par l’autoroute de la Beauce, les sentiers, le belvédère, le bâtiment de service et finalement la grande passerelle qui traverse les Chutes que j’ai inaugurée en 1985, d’un pas mal assuré parce que j’avais un peu le vertige.

Le Parcours des Anses

Entre les quartiers de Saint-Romuald et de Lauzon, Lévis a eu la chance d’avoir une voie ferrée qui a protégé les berges du fleuve d’une privatisation totale et irréversible. Le Parcours des Anses a ainsi pu voir le jour. Dès le départ, j’ai insisté pour que le ministère des Transports demeure propriétaire de l’emprise de la voie ferrée, quitte à la céder à la ville par bail emphytéotique, afin d’éviter toute tentation de développement sur ces terrains exceptionnels.

Je ne prétends pas avoir la paternité exclusive de cette piste cyclable qui fait le renom de Lévis dans le monde du vélo, mais je sais qu’elle ne serait pas là si je n’avais pas utilisé tout mon capital politique pour aller chercher un financement auprès de plusieurs ministères du Québec, comme ministre et député d’abord, puis comme maire. On parlait de plusieurs millions de dollars.

Avec cette impulsion, Lévis est devenue un des plus importants carrefours de vélo-routes au Québec : la liaison est facile à faire avec les pistes cyclables de Québec par le pont ou par les traversiers et les véloroutes qui mènent vers la Beauce, l’est, l’ouest et la Vallée de l’Etchemin débouchent toutes à Lévis.

Les terrains de la Martinière

Un de mes meilleurs coups a été d’obtenir du géant Irving la cession à la ville, à des conditions très avantageuses[5], des terrains que la pétrolière avaient acquis à la Pointe-de-la-Martinière à l’époque où il y avait là un projet de raffinerie et de quai en eau profonde. Presque en même temps, le gouvernement a accepté ma demande de remettre à Lévis les terrains adjacents de plus de 3 millions de pieds carrés détenus par la Société du parc industriel et portuaire Québec-Sud, ce qui permettait de constituer un ensemble presque aussi vaste que les Plaines d’Abraham.

Véritable bijou, ce terrain descend en pente douce jusqu’au fleuve et offre une perspective saisissante sur le fleuve, l’île d’Orléans et les Laurentides. Le vieux rêve d’un grand parc régional à la Pointe-de-la-Martinière pouvait enfin aller de l’avant.

La Grande Plée Bleue

Le territoire des anciennes municipalités de Saint-Joseph et de Pintendre abrite un trésor environnemental : la Grande Plée Bleue est l’une des plus vastes et des plus riches tourbières situées près d’un milieu urbain dans tout le sud du Québec.

Comme député et ministre, j’avais soutenu le petit organisme qui militait pour la protection de ce territoire à des fins éducatives et de conservation, et j’avais fait pression sur le ministère de l’Environnement pour qu’il s’en occupe. L’obstacle majeur était la délimitation des terrains et l’identification de leurs propriétaires.

À force de patience, le projet a abouti dans la dernière année de mon mandat à un protocole d’entente entre la ville, le ministère de l’Environnement alors dirigé par Thomas Mulcair, Canards Illimités et la Fondation Hydro-Québec pour l’environnement. Il s’agissait d’acquérir les terrains afin de créer à terme une véritable réserve écologique comprenant une zone de conservation où seules les activités de recherche seraient permises et une zone d’interprétation ouverte au public.

Le Parc des Écarts

Les partenariats public-privé ont mauvaise presse, mais ils donnent parfois des résultats extraordinaires. L’histoire du Parc des Écarts en est un bel exemple.

Au début des années 2000, la colline du Boisé Davida, située immédiatement à l’est de la raffinerie Ultramar, constituait l’une des plus vastes et des plus riches forêts en zone urbaine de la grande agglomération de Québec et de Lévis. Malheureusement, l’ancienne ville de Saint-David en avait fait une zone résidentielle et un groupe d’hommes d’affaires tentait encore d’y réaliser un développement haut de gamme.

J’ai contribué à leur faire comprendre qu’ils rêvaient en couleur : le coût des services dans cet escarpement rocheux était prohibitif et la ville y voyait plutôt un grand poumon à préserver en plein cœur de son territoire. Je parlais même d’un « Central Park lévisien ». Toutefois, acheter ce terrain de 7 millions de pieds carrés n’était pas évident.

C’est alors que la raffinerie Ultramar est entrée en scène. La dernière chose qu’elle souhaitait était de voir apparaître des résidences haut de gamme dans son voisinage, sous les vents dominants. La raffinerie a acheté les terrains en vue d’en faire une zone tampon et les a mis à la disposition de la ville à des fins récréatives et de conservation dans le cadre d’un partenariat public-privé. Le Parc des Écarts était né. Même le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), qui trouvait toujours quelque chose à critiquer, a qualifié cette entente de coup de génie. C’est tout dire.

Le parc linéaire de la rivière Etchemin

Le GIRAM a eu une autre raison de se réjouir quand j’ai proposé et obtenu que la ville acquière la partie encaissée de la rivière Etchemin immédiatement au sud de la route 132, à Saint-Romuald. Les terrains à l’embouchure de la rivière faisaient déjà partie du domaine public et, avec cette acquisition, la réalisation d’un parc linéaire le long de cette partie sauvage de la rivière, en pleine zone urbaine, devenait possible.

Il fallait avoir un peu de vision pour comprendre le potentiel de ce projet car il n’était pas question de le réaliser à court terme. De fait, certains conseillers m’ont reproché cet « investissement inutile ». Pourtant, il suffit aujourd’hui de parcourir certaines parties du parc linéaire de la rivière Saint-Charles à Québec pour avoir une idée de ce que ce site pourrait devenir : un morceau de nature sauvage facilement accessible au cœur de la ville.

Grâce à toutes ces interventions, réalisées au bon moment et à des conditions avantageuses, la ville de Lévis peut prétendre aujourd’hui être une « ville de nature ». Même si ces espaces ne sont pas encore pleinement utilisés, au moins, les terrains sont réservés à des fins publiques et non pas pour enrichir quelques-uns. À ceux qui sont en place de préserver ces richesses et de les mettre en valeur.

La ville de la famille (pages 506-507)

Les interventions que je viens d’évoquer faisaient partie d’un plan plus vaste : faire de Lévis une ville idéale pour les familles. À la base, il fallait une fiscalité abordable et des emplois… beaucoup d’emplois. Comme je l’ai déjà mentionné, le taux de taxes de base est demeuré inchangé pendant tout mon mandat, tant dans l’ex-Lévis que dans la ville de Lévis fusionnée, un exploit pour une nouvelle ville où beaucoup de choses devaient être mises en place. De plus, au cours de la seule année 2004, 3 000 emplois ont été créés sur le territoire de la nouvelle ville et encore aujourd’hui, Lévis affiche l’un des taux de chômage les plus bas au Québec. De quoi attirer beaucoup de jeunes ménages.

Nous voulions faire plus. J’ai confié à Pierre Brochu, mon bras droit à la ville comme il l’avait été au ministère de l’Éducation, la responsabilité d’élaborer la première politique familiale et la première politique culturelle de la nouvelle ville. C’est lui qui a supervisé les États généraux de la famille, une vaste consultation qui a permis de donner un cadre cohérent à une foule d’initiatives pour les familles : une tarification spéciale pour les services de la ville, des équipements de loisirs d’avant-garde tels que deux terrains de football à surface synthétique, une première dans la région de Québec, des jeux pour les enfants dans les parcs de quartier et souvent dans la cour d’écoles que j’avais contribué à bâtir, et surtout, la construction de logements sociaux pour les familles proches des écoles et des services.

Avant la fusion, la construction de ces logements était dans une sorte d’impasse : plusieurs villes n’en avaient pas et n’en voulaient pas, et tous ceux qui avaient été construits étaient destinés aux personnes âgées, comme si les familles à faible revenu étaient indésirables. Avec l’Office municipal d’habitation, la ville a lancé un programme audacieux de 350 logements familiaux répartis sur tout le territoire dans d’anciens sites industriels restaurés et suivant un concept architectural à densité moyenne qui favorisait l’intégration des immeubles au voisinage. Ce projet a changé le visage de plusieurs coins de la ville pour le meilleur et cassé le modèle des « ghettos HLM » du passé.

Une politique culturelle généreuse et une politique verte qui a mené à un taux de recyclage des déchets domestiques parmi les plus élevés au Québec sont venus compléter le portrait d’une véritable ville de la famille où, je crois, il fait toujours bon de vivre.


[1] Elle est passée d’environ 125 M$ en 2001-2002 à environ 100 M$ en 2005.

[2] En 2004, ce coût était de 1093$ à Lévis, contre 1723 $ à Québec.

[3] Encore aujourd’hui, Lévis est la locomotive économique de Chaudière-Appalaches, qui est elle-même la région du Québec où le taux de chômage est le plus faible.

[4] La participation de la ville à ce projet de 30 millions de dollars a été de l’ordre de 4 millions, essentiellement pour des travaux d’infrastructures. Comme il fallait que la ville contribue au montage financier du centre tout en respectant la loi, nous avons convenu de fournir le terrain par bail emphytéotique. J’avais aussi pris l’engagement que l’effort financier de la ville serait compensé par les nouveaux revenus générés et n’aurait aucun impact sur le compte de taxes. Cet objectif a été largement dépassé car, aujourd’hui, le secteur du Centre des congrès est une formidable source de richesse pour l’ensemble de la vile.

[5] Soit 5,5 millions de pieds carrés de terrains exceptionnels au prix de 0,04 $ le pied carré, plus un reçu de don écologique.

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