PARTIE VI – Les annexes

Annexe 1    L’intégrale du texte de présentation de la candidature de Jean Garon au temple de la renommée de l’Agriculture du Québec par Cyril Dubé

Jean Garon a été à l’agriculture ce que René Lévesque a été à l’électricité au Québec.

Alors que notre société éprouve une sorte de fatigue pour la politique, Jean Garon, décédé le 1e juillet 2014, y a laissé un souvenir d’engagement profond, de détermination, de dynamisme, d’amour-passion envers l’agriculture et les agriculteurs, d’enthousiasme contagieux, de conviction tenace, d’honnêteté et d’une indiscutable intégrité, dans sa vie consacrée au service public.

Un politicien qui ne suscite pas de controverse est un politicien passif. Jean Garon est à classer dans les « hyper actifs » et il a probablement laissé sur son chemin des personnes blessées dans le feu de l’action. Tous les politiciens sont assujettis aux mêmes risques mais le sont davantage ceux qui ont leur franc-parler. Les personnes que M. Garon a pu bousculer doivent pouvoir aujourd’hui, après son décès, relativiser l’importance du camouflet reçu à l’aulne des bienfaits que ce grand personnage a apportés à la collectivité.

Décrit comme étant celui qui a amené l’agriculture dans un état de modernité par M. Yvon Picotte, un de ses successeurs au ministère de l’Agriculture, à la fois adversaire et ami, on dira de lui qu’il a bâti sa réputation durant son premier mandat. Admettant lui-même sa surprise d’être nommé Ministre de l’Agriculture vue sa méconnaissance du milieu agricole, il misera plutôt sur sa formation de juriste et d’économiste pour jalonner son parcours de mesures ambitieuses mais rafraichissantes pour convaincre les agriculteurs qu’ils étaient des piliers essentiels de la société. Par ses talents de communicateur, il a gagné aussi l’appui de la population en général, aux mesures de soutien à l’agriculture en tant que secteur à défendre et à protéger à fort potentiel de développement économique et social. En somme, c’est l’anti-vision du courant sociétal qui considérait ces mêmes producteurs comme des chialeux quémandeurs : ça c’était l’avant Garon.

Il a sincèrement aimé l’agriculture et adoré les agriculteurs pour leur fierté, leur force, leur courage, mais aussi les industriels de l’alimentation en amont comme en aval de la production pour leur goût du risque calculé et leur partage de l’objectif de l’autosuffisance alimentaire, passée de 47% en 1976 à + de 80% en 1985. Pour nourrir le Québec, il a eu cette audace et ce flair d’asseoir à la même table, producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs, fournisseurs,gouvernement, à coups de conférences socio-économiques et de sommets (les grands-messes à Garon). Mais il fallait que les budgets suivent et ils suivirent, en hausse constante sous sa gouverne, avec l’appui de René Lévesque.  Bref, sa relation avec le secteur de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation a été une affaire de cœur autant que de raison et, à l’évidence, de passion.

Son œuvre compte de grandes réalisations : père de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, sa politique céréalière qui a suivi a contribué à s’approcher de l’atteinte de l’objectif d’autosuffisance alimentaire. Son ambition de nourrir le Québec a secoué les dogmes et les vieilles habitudes d’un secteur peu réceptif, à prime abord, mais à qui il a fait découvrir les vertus de l’innovation et de la diversification. Il a bien nourri son Québec, mais il l’a aussi embelli. Sa contribution pour fleurir le Québec à partir du succès des Floralies internationales de 1980 et du concours Villes et Villages fleuris du Québec a amené ce secteur d’activité qu’est l’horticulture ornementale vers une progression qu’il faut avoir suivi et vécu pour bien en mesurer l’ampleur. Bien des vocations d’horticulteurs et de paysagistes ont surgi à partir de ces années d’ébullition florale.

M. Garon a bien défini ses grands objectifs et il n’a pas lésiné sur les moyens d’action pour les atteindre. Ayant fait voter ou modifier 45 Lois sous son règne, (voir 2e section pages 13-14-15) certaines de ces législations créaient de toutes pièces de nouvelles structures, les autres modernisant des Lois déjà votées.

En avril 1978, son Sommet sur l’industrie agroalimentaire tenu à Québec fit asseoir autour de la même table (c’était une première) des intervenants tous azimuts pour tracer avec ces partenaires, les grandes orientations pour l’avenir de l’agriculture. Premier Ministre, plusieurs Ministres, leaders de centrales syndicales, leaders de regroupements d’affaires, représentants des institutions financières, du milieu universitaire, des associations de consommateurs, en plus de l’UPA, de la coopération agricole, des transformateurs et des distributeurs, tout ce «gratin» a pris conscience de la nécessité de travailler ensemble  et d’apprendre à le faire de façon ordonnée.

Ce n’est pas sans raison que, sous sa gouverne, le ministère de l’Agriculture est devenu le ministère de l’Agriculture Et de l’Alimentation, puis celui de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. S’ensuivirent les 12 conférences sectorielles que nous énumérons à la section 2, pages 15-16. Ainsi furent définies les politiques agroalimentaires de la terre à l’assiette   avec un effort de concertation louable dans l’atteinte de l’objectif national d’autosuffisance alimentaire.  

La Terre de Chez Nous, à son décès, écrira : le père de la Loi sur le zonage agricole passera sans doute à l’histoire comme le Ministre qui a le plus marqué l’agriculture et les agriculteurs du dernier quart du 20e siècle. Marcel Groleau, Président de l’UPA, en parle comme l’un des grands ministres de l’agriculture du Québec, estimant que celui-ci a su faire la différence en permettant à l’agriculture québécoise de rivaliser avec celle des autres nations industrialisées. A son époque, il a été le Ministre dont les agriculteurs avaient besoin.  Rémy Trudel, ex-Ministre de l’Agriculture prétend qu’avec Jean Garon, les producteurs ont grandi d’un pouce; ils ont redressé la tête et se sont mis aussi à parler. Il a donné un statut social à des professionnels qui s’appellent des producteurs agricoles. Avant Garon, il y avait des cultivateurs : après Garon, ils étaient devenus des producteurs agricoles. Yvon Picotte, ex-Ministre de l’Agriculture, en rajoute : la Loi du zonage est son plus beau fleuron. Avant lui, Kevin Drummond en avait parlé mais ça heurtait bien du monde, même les agriculteurs. Il avait même zoné les cimetières. Il est allé très loin, mais je pense qu’il fallait le faire. Quant à son concept d’autosuffisance, on l’a souvent taquiné en lui parlant de faire pousser des bananes au Québec. Reste que plus on tendait vers ça, mieux s’en portait notre agriculture.

Pourquoi je vous soumets cette candidature?

J’ai été inspiré par ce que j’ai vu, j’ai entendu, j’ai lu, j’ai vécu avec M. Garon, mes contacts personnels avec lui étant réparties sur 38 années. Je m’explique succinctement : 

• Il a d’abord été mon adversaire politique lors de l’élection du 15 novembre 1976. J’étais sur les rangs, dans le comté de Lévis, avec les candidats de  3 autres formations.

• Il a été mon député, de 1976 à 1989, et j’ai eu à le côtoyer en tant qu’échevin de la ville de Charny de 1978 à 1982, ainsi que sur un comité de l’Association touristique régionale Chaudière-Appalaches.

  • Il a été mon patron pendant 4 ans, en tant que Ministre, au moment où j’occupais la fonction de Responsable régional de l’assurance-récolte collective pour la grande région de Québec (02) à la Régie des Assurances Agricoles.
  • Il a été mon Maire de 1998 à 2005 à la Ville de Lévis, où je réside depuis 45 ans (Charny étant maintenant fusionnée depuis 2001).
  • Je l’ai côtoyé à l’automne 2013 à l’Hôtel-Dieu de Lévis où il recevait régulièrement des soins dans le même département et en même temps que ma conjointe que j’accompagnais. Nos échanges ont été, à ce moment, empreints d’émotion mais aussi d’humour. 

Est-ce que cela me place en bonne position pour évaluer l’homme et son œuvre? J’en suis fermement et sincèrement convaincu. Mais je me suis inspiré et conforté dans mes propos en consultant son autobiographie « Pour tout vous dire» : pourquoi s’en priver? N’était-il pas le mieux placé pour se raconter? Son ex-attaché de presse et/ou chef de cabinet, M. Simon Bégin, a été pour moi une référence incontournable et précieusement fiable, l’ayant côtoyé pendant plus d’un quart de siècle, d’abord comme journaliste et ensuite comme membre des Cabinets de M. Garon à l’Agriculture, à l’Éducation aussi bien que comme Maire de la Ville de Lévis. J’ai aussi accédé à des sources comme Wikipédia et le site de l’Assemblée Nationale du Québec pour compléter mes recherches.

Pour sa contribution magistrale à l’édification d’un Québec agricole qui a changé de visage sous son règne, je vous soumets respectueusement la candidature de M. Jean Garon qui mérite sa place au Temple de la renommée de l’agriculture du Québec, logeant avec ceux et celles qui ne doivent pas être oubliés.

Annexe 2      Témoignage de Marcel Groleau, président de l’UPA, à propos de Jean Garon, paru dans la Terre de chez nous du 9 juillet 2014, quelques jours après son décès

Un des grands ministres de l’Agriculture du Québec

Aucun doute, Jean Garon a été l’un des grands ministres de l’Agriculture du Québec aux yeux du président de l’Union des producteurs agricoles.  Dans la foulée de la Révolution tranquille, il a accompagné les agriculteurs québécois dans cette période de grands changements.  À cette époque, affirme Marcel Groleau, il a été le ministre dont les agriculteurs avaient besoin.  Le rôle d’un ministre, c’est de défendre les priorités de l’agriculture au sein d’un conseil des ministres;  on ne pouvait avoir meilleur défenseur que lui.

Dans le cas du zonage agricole, la loi a mis fin au développement anarchique des banlieues qui se faisaient sur le dos de l’agriculture.  Cela a dû être une bataille difficile au conseil des ministres parce que tout le monde voulait faire du développement.  De plus, Jean Garon a étendu la portée de la Loi sur l’assurance stabilisation des revenus des agriculteurs à d’autres secteurs.  C’est vraiment cette loi qui a fait que notre agriculture a rejoint celle des autres pays industrialisés.

Si l’agriculture peut offrir des carrières intéressantes aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu une évolution et Jean Garon en a été l’un des pionniers.

Annexe 3      Proposition de la ville en date du 7 juin 2016 :  désigner l’ancien hôtel de ville par l’appellation Édifice Jean-Garon

Madame Schlimgen-Garon,

Je vous écris à titre de secrétaire du comité de toponymie de la Ville de Lévis. Je vous ai laissé un message sur votre boîte vocale dernièrement.

Le comité de toponymie réfléchit depuis plusieurs mois maintenant sur la possibilité de rendre hommage à votre mari en attribuant son nom à une entité de la Ville de Lévis. Les membres du comité ont avancé plusieurs possibilités et celle qui semble être la plus significative serait de nommer l’ancien hôtel de ville de Lévis, situé sur le boulevard Alphonse-Desjardins au nom de Édifice Jean-Garon. M. Garon fut le dernier maire de l’ancienne municipalité de Lévis et le dernier magistrat à occuper les lieux. Puisque cet édifice est hautement significatif dans l’arrondissement Desjardins et dans ce secteur de Lévis, il semble le plus approprié pour porter le nom de l’ancien maire. Nous sommes convaincus que cette nomination serait un élément de grande fierté pour la ville de Lévis, en rappelant la mémoire de l’un de ses bâtisseurs les plus significatifs.

Avant d’aller plus loin, nous aimerions obtenir votre avis quant à cette possibilité d’attribution. Nous avons fait valider cette proposition auprès du comité exécutif de la Ville afin de s’assurer qu’elle soit significative. Dans l’éventualité d’un consentement de votre part, nous pourrons discuter par la suite des modalités pour le dévoilement officiel du nom. Si cette proposition de vous convient pas, je vous invite à nous faire connaître vos recommandations.

Je vous invite à communiquer avec moi pour toute question à ce sujet.

Recevez, madame Schlimgen-Garon, mes meilleures salutations.

David Gagné | Conseiller en patrimoine – Secrétaire du comité de toponymie

Direction de l’urbanisme | Service des comités d’urbanisme et du milieu bâti 

Annexe 4      Proposition de la ville reçue le 23 juin 2017 :  désigner par l’appellation Espace Jean Garon, l’espace adjacent à l’ancien hôtel de ville, sis entre celle-ci et un carrefour giratoire, accueillant un bassin de rétention d’eau


Annexe 5      Réponse et contre-proposition de la famille et des amis de Jean Garon à la proposition de la ville

Québec, le 8 octobre 2018

M. Gilles Lehouillier,

Cabinet du Maire de Lévis

2175, Chemin du Fleuve

Lévis (Québec)

G6W 7W9

Objet :  commémoration du nom de M. Jean Garon

Monsieur le maire,

M. Jean Garon est décédé il y a eu quatre ans cet été.  Malgré le temps passé, nous, membres de la famille et amis de M. Garon, croyons toujours nécessaire de commémorer l’apport de l’ancien député et maire de Lévis à l’essor, non seulement de la ville, mais de toute la région lévisienne.

Nous avons retenu votre engagement personnel, lors des funérailles de M. Garon, à honorer sa mémoire à la hauteur de sa contribution en donnant son nom à un lieu ou une infrastructure significative du milieu et qui porterait la marque de son action.

D’emblée, nous tenons à remercier la ville de Lévis et son Comité de toponymie des efforts faits jusqu’à présent pour concrétiser cet engagement. Malheureuse-ment, nous ne pouvons retenir la proposition que le Comité nous a faite de donner le nom de M. Garon à l’ancien hôtel de ville de l’ancienne ville de Lévis, situé sur le Boulevard Alphonse-Desjardins et, ce pour les raisons suivantes :

  • il s’agit d’un édifice identifié à l’ancienne ville de Lévis alors que l’action de M. Garon s’est étendue à l’ensemble de la nouvelle ville et même bien au-delà, à titre de député et ministre;
  • à part le fait qu’il y ait siégé de 1978 à 2001, l’action de M. Garon n’est aucunement liée à cet édifice;
  • la centralisation des services de la ville fait en sorte que bien peu de citoyens ont à s’y rendre;
  • la fonction de siège du conseil d’arrondissement confirme la vocation locale de l’édifice sur le plan politique;
  • la proposition bonifiée de la ville d’aménager un « espace Jean-Garon » dans le parc adjacent ajoute peu d’attrait au projet, compte tenu de la difficulté d’accès au lieu et de sa fonction de bassin de rétention (présence de panneaux limitant la circulation autour du plan d’eau).

Ayant appris la dissolution du Comité de toponymie, nous nous adressons directement à vous pour vous suggérer un acte de commémoration à la hauteur de l’œuvre de M. Garon, lié directement à son action et qui, à travers la visibilité qu’il donnerait à son nom, rappellerait efficacement son souvenir à la population.

Nous voulons parler de l’attribution du nom de « Boulevard Jean-Garon » à la portion lévisienne de la Route du Président-Kennedy.

Nous vous soumettons respectueusement quelques arguments en faveur de cette proposition :

  • La ville a toute autorité pour désigner d’un autre nom la portion de la route du Président-Kennedy qui se trouve sur son territoire, à l’instar de ce que plusieurs autres municipalités ont fait le long de son parcours (ex : Boulvard Vachon à Sainte-Marie, Boulevard Renault à Beauceville et Boulevard Lacroix à Saint-Georges);
  • Nos consultations auprès de la Commission de toponymie du Québec ont confirmé que les règles présidant à l’attribution du nom d’un personnage public à une voie de circulation importante seraient toutes respectées par cette proposition, notamment :
    • La personne a eu une contribution significative à son milieu et/ou à l’ensemble de la société québécoise;
    • Elle est décédée depuis plus d’un an;
    • Son souvenir ne fait pas l’objet de controverse susceptible d’indisposer une partie importante de la population à la simple évocation de son nom;
  • L’élargissement à quatre voies de cette artère jusqu’à Saint-Henri a été, avec celui du Boulevard Guillaume-Couture, le grand œuvre de M. Garon sur le plan des voies de circulation de la ville. Il a consacré personnellement beaucoup de temps, d’énergie et de capital politique afin de convaincre les autorités gouvernementales et les riverains de l’absolue nécessité de cet élargissement;
  • En tant que principal lien routier de la ville vers Bellechasse et Dorchester et, de façon complémentaire, vers la Beauce, cette porte d’entrée a une résonnance régionale compatible avec la contribution de M. Garon au développement de l’ensemble de Chaudière-Appalaches;
  • L’impact de ce changement de nom serait, selon nous, relativement minime en raison de la nature commerciale de l’artère.  En effet, peu de familles seraient touchées et, pour les commerces, la prépondérance des moyens électroniques de communication, de transaction et d’identification rend un tel transfert beaucoup plus facile que par le passé.

Nous avons entrepris de solliciter des appuis à ce projet de commémoration. Pour le moment, nos démarches sont confidentielles mais nous comptons lancer l’idée publiquement au cours de l’automne. 

Il va de soi qu’un tel changement nécessite l’adoption par la ville d’une résolution en ce sens. Nous aimerions vous rencontrer rapidement afin de vous exposer plus en détails les raisons qui, selon nous, justifient ce geste de commémoration et les démarches que nous entendons effectuer pour obtenir cette reconnaissance de l’œuvre de M. Garon.

Merci de l’intérêt qu’en tant que premier magistrat de la ville de Lévis, si intimement lié au souvenir de M. Garon, vous portez à ce devoir de mémoire.

Bien à vous,

Judi Garon, au nom de la famille de M. Garon

Simon Bégin, président de l’Institut Jean-Garon, au nom des amis de M. Garon

Annexe 6      Notre intervention au conseil municipal du 13 janvier 2020 pour demander une rencontre avec monsieur le maire et exposer notre argumentaire en faveur du projet de Boulevard Jean-Garon

Dans cette intervention nous abordons cinq questions :

(1)            Pourquoi avoir refusé l’ancien hôtel de Ville de Lévis comme édifice commémoratif ?

(2)            Pourquoi avoir choisi la Route Kennedy comme boulevard de commémoration ?

(3)            Quels sont les avantages de ce choix pour la toponymie de la ville ?

(4)            Pourquoi les coûts de notre projet sont-ils modestes aujourd’hui par comparaison à hier ?

(5)            En quoi notre projet n’enlève-t-il rien à personne ?

Notre intervention

Monsieur le maire, mesdames et messieurs membres du Conseil.

Je m’appelle Emmanuel Garon. Je suis un citoyen de Lévis et je suis le frère cadet du maire Jean Garon.

L’épouse de Jean, Judi, ne peut être présente ici ce soir, mais elle est partie prenante à notre démarche, comme toute sa famille.  Sa fille cadette, Julie, la représente ici ce soir.

Je suis aussi accompagné par des collaborateurs et amis de Jean Garon, parmi lesquels Simon Bégin de l’Institut Jean-Garon, Pierre Brochu, Jean-Marc Lessard, Antoine Dubé, Clément Landry.

Le contexte de notre présence

Mon frère est décédé le 1er juillet 2014, il y a donc plus de 5 ans.

Je tiens à vous remercier publiquement, Monsieur le maire, pour avoir pris l’initiative d’aménager à cette occasion la salle du Conseil municipal en chapelle ardente pour permettre aux Lévisiens et Lévisiennes de rendre un dernier hommage à celui qui a été à leurs services, à différents titres, pendant quelque 30 ans.  Vous vous êtes aussi engagé alors à honorer sa mémoire à la hauteur de sa contribution. 

Dans un article publié un mois plus tard en août 2014 dans le défunt Peuple Tribune, Michel Lessard, historien, citoyen et fierté de Lévis, a suggéré et je cite : « que la partie lévisienne de la Route Président-Kennedy … devrait saluer son action en devenant le Boulevard Jean-Garon ».

Mais l’option offerte par la Ville fut toute autre. On nous a proposé de commémorer la mémoire de mon frère en nommant l’ancien hôtel de ville de Lévis « Édifice Jean-Garon », un édifice qu’il a occupé pendant très peu de temps.  Après réflexion et discussion, nous avons rejeté cette proposition, verbalement et par écrit.

Par caprice ?  Non !  Il faut se rappeler que l’ancien hôtel de ville a été construit en 1966, bien avant que Jean Garon n’entre en scène.  En aucune façon, cet édifice ne porte la marque de Jean Garon.  En aucune façon, cet édifice ne fait partie de l’héritage de l’homme de projets qu’il a été.

Dans notre réponse écrite à la Ville en date du 8 octobre 2018, dont j’aimerais déposer une copie avec votre permission, Monsieur le maire, nous avons exposé les arguments en faveur de l’option du boulevard Jean-Garon.  Contrairement à la proposition de la Ville, cette option fait vraiment référence à une composante importante de l’héritage qu’il nous a laissé.

Les arguments en faveur de notre proposition sont multiples.  Je me limite à 4.

(1)  Notre proposition fait référence à un projet phare lié à Jean Garon.

Jean Garon était un homme de projets, je l’ai déjà dit.  Par conséquent, nommer à sa mémoire un projet phare qu’il a réalisé tombe sous le sens. Or, dans la transformation de la route Président-Kennedy en boulevard urbain à 4 voies, Jean Garon a été un acteur central.  Il s’est investi dans le projet avec toute la détermination qu’on lui connaissait, tant au niveau de la conception, que des autorisations gouvernementales et du financement.  Je le répète, cette transformation de la route Président-Kennedy en boulevard urbain a été un des projets phare qu’il a pilotés.  Ce fait constitue en lui-même un argument puissant en faveur de notre proposition.

(2)  Notre proposition a pour effet de combler une lacune au niveau de la toponymie de la ville.

En effet, à l’intérieur des limites de la plupart des municipalités d’importance traversées par la Route Président-Kennedy, celle-ci porte le nom d’un personnage important du milieu.  Mais pas à Lévis.  Par exemple :

• dans la municipalité de Beauceville, la route devient Le Boulevard Renault ;

• dans la municipalité de Sainte-Marie, la route devient Le Boulevard Vachon ;

• dans la municipalité de Saint-Georges, la route devient Le Boulevard Lacroix.

Faisons donc d’une pierre deux coups, Monsieur le maire :  comblons cette lacune au niveau de notre toponymie et commémorons en même temps la mémoire de Jean Garon.

(3)  Les coûts liés à notre proposition sont modestes aujourd’hui, par comparaison à hier.

À l’ère numérique, le coût d’un tel changement n’est plus le même, en particulier pour les entreprises : les cartes d’affaires, les adresses, les communications sont pour la plupart électroniques, de sorte qu’effectuer des changements à ce niveau coûte bien peu.  Mais surtout, qu’on le veuille ou non, Lévis est condamnée à s’approprier éventuellement le nom de cette route, comme les autres municipalités l’ont fait et, lorsque ça arrivera, nous devrons bien en assumer les coûts.

(4)  Notre proposition n’enlève rien à personne

Une préoccupation importante de Jean Garon

Effectivement, notre proposition n’a pas pour effet de déshabiller Guillaume pour habiller Jean.  Ce qui serait le cas si, par exemple, nous demandions de changer le nom du Boulevard Guillaume-Couture pour le Boulevard Jean Garon.  Mais ce n’est pas le cas ici !

Nous aurions bien aimé, Monsieur le Maire, avoir l’occasion de nous asseoir ensemble pour vous expliquer davantage les mérites de notre proposition, tels qu’énoncés dans notre lettre du 8 octobre 2018.  Malheureusement, à date, nous n’avons reçu aucune invitation à cet effet.

Alors notre question aujourd’hui pour vous, Monsieur le maire, quelle est-elle ?

Êtes-vous disposé à nous rencontrer dans les meilleurs délais pour discuter de l’option du Boulevard Jean-Garon ?

Nous pensons avoir les arguments nécessaires pour vous convaincre, et nous espérons que vous direz oui à une telle rencontre, que cette rencontre aura lieu bientôt (le temps file) et que notre projet pourra se réaliser durant votre mandat à la tête de la Ville.

Monsieur le maire, mesdames et messieurs membres du conseil, nous vous remercions pour votre écoute.

Annexe 7      Lettre ouverte du 7 octobre 2020 en appui au projet de Boulevard Jean-Garon, signée par 35 personnalités publiques, d’ici et d’ailleurs, provenant de divers horizons professionnels

UN DEVOIR DE MÉMOIRE : HONORER LE SOUVENIR DE JEAN GARON

L’acte d’attribuer le nom d’un personnage public à une infrastructure majeure qu’il s’agisse d’un édifice, d’une route ou d’une place, est un acte de mémoire précieux à user avec prudence et parcimonie.

Pourtant, il est étonnant que, plus de six ans après son décès, rien dans l’espace public ne commémore le nom de Jean Garon, ni sur le territoire de la ville de Lévis dont il fut le représentant à différents titres pendant près de trente ans, ni à l’échelle nationale en tant que ministre marquant de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

Il y a là, selon nous, un devoir de mémoire qui n’est pas assumé car les raisons de rappeler, par un tel geste, le souvenir de Jean Garon sont multiples:

• Dès les années 50 et 60, il a été un joueur majeur du regroupement des forces nationalistes au sein du RIN puis comme membre fondateur du Parti Québécois, aux côtés de René Lévesque;

• De 1976 à 1985, il aura été le ministre de l’Agriculture le plus marquant de l’histoire moderne du Québec avec des réalisations aussi fondamentales que la Loi de protection du territoire agricole et l’atteinte d’un niveau d’autosuffisance alimentaire inégalé depuis;

L’actuelle pandémie a d’ailleurs mis en évidence le caractère visionnaire de cette politique articulée autour de la protection et de l’utilisation rationnelle du territoire agricole;

• Comme ministre de l’Éducation de 1994 à 1996, il a lancé les États généraux de l’éducation et défendu avec force les dernières écoles de village de même que l’accès aux études supérieures menacé par la hausse des coûts de scolarité;

• Comme député de Lévis, de 1976 à 1998, au-delà d’une multitude de réalisations qui seraient toutes dignes de mention, il aura contribué à l’avènement de Chaudière-Appalaches comme région autonome et à celle de la ville de Lévis comme partenaire à part égale plutôt que simple banlieue de Québec;

• Comme premier maire de la nouvelle ville de Lévis, il a su créer un juste équilibre entre une nécessaire centralisation et le respect de l’identité des anciennes villes, équilibre à la base de la prospérité  actuelle de Lévis.

On peut affirmer que Jean Garon, tout au long de sa vie politique, a fait preuve de courage moral en tenant tête aux puissants dans l’intérêt des gens ordinaires… les plus âgés s’en souviennent…  En cela, il constitue un exemple pour les nouvelles générations à la recherche d’un tel modèle.

Enfin, l’homme a été un communicateur remarquable qui a laissé une empreinte certaine dans la mémoire des québécois et des québécoises, au-delà de toute partisanerie, aux côtés d’autres grands ministres de son temps aujourd’hui décédés que furent Jacques Parizeau, Bernard Landry, Camille Laurin  et Lise Payette, pour ne nommer que ceux-là.

Le boulevard Jean-Garon

Nous ne pouvons que souscrire à la proposition de la famille et des amis de M. Garon de donner son nom à la portion lévisienne de la Route du Président Kennedy, à l’instar de ce qu’ont fait d’autres villes tout au long de la Chaudière (Boul. Vachon, à Ste-Marie, Boul. Renault, à Beauceville et Boul. Lacroix à St-Georges).

L’élargissement à quatre voies de ce lien majeur entre la ville de Lévis et le sud de Chaudière-Appalaches a été une réalisation majeure de Jean Garon qui y a mis tout l’acharnement et le poids politique qu’on lui connaît. 

Sur le plan technique, ce changement de nom qui relève uniquement de la ville de Lévis, répond à toutes les exigences en matière de toponymie et ne pose pas un défi majeur aux entreprises concernées grâce à la prépondérance des moyens électroniques d’identification.

Les artères de cette importance sont rares et leur désignation est un précieux outil de mémoire collective.  L’essentiel est que, collectivement, nous ayons la sagesse d’utiliser l’acte de nommer ces grands axes pour dire qui nous sommes en nous rappelant les hommes et femmes qui ont façonné notre histoire.

Hélène Alarie, Jacques Baril, Louis Bernard, Guy Bertrand, Yvan Breton, Denis Cadrin, Michel Chaloult, Vincent Couture, Guy Debailleul, Antoine Dubé, Cyril Dubé, Pierre Fortin, André Gaulin, André Hamel, André Joli-Cœur, Michel L’hébreux, Christian Lacasse, Carole Légaré, Alain Lemaire, Jean-Marc Lessard, Laurent Lessard, Michel Lessard, Benoît Lévesque, Marie-Josée Lord, Robert McKenzie, Jean Morisset, Thomas Mulcair, Pierre-Karl Péladeau, Yvon Picotte, Mathias Rioux, Germano Rocha, Chloé Sainte-Marie, Pierre-Paul Sénéchal, Michel Saint-Pierre, Denis Vaugeois.

Annexe 8      L’appui des commerçants

Il nous a été suggéré qu’il pourrait être souhaitable que nous sollicitions l’appui de commerçants sis sur la Route du Président-Kennedy.

Nous avons pris en considération cette hypothèse :  nous y avons réfléchi, nous en avons discuté, nous nous sommes informés et nous avons pris notre décision.  La voici !

1.         Les règles présidant à l’attribution du nom d’un personnage public à une voie de circulation importante

Nulle part ces règles ne font référence à l’obtention de l’appui de commerçants le long d’une telle voie.

En effet, les règles d’attribution de la Commission de toponymie du Québec posent plutôt les conditions suivantes :

(i) le personnage a eu une contribution significative à son milieu et/ou à l’ensemble de la société québécois ;

(ii) le personnage est décédé depuis plus d’un an ;

(iii)  son souvenir ne fait pas l’objet de controverse susceptible d’indisposer une partie importante de la population à la simple évocation de son nom.

En aucune façon, l’appui des commerçants sis sur cette voie ne figure pas parmi ces conditions d’attribution.  En aucune façon la prise en compte des coûts générés par le changement de nom pour ces commerçants ne fait partie des considérations présidant à un tel changement.

2.         Les précédents en matière de changement de nom

Le cas du changement de nom du Boulevard de la Rive-Sud à Lévis

Au cours de la présente année, nous avons été en contact périodique avec la famille Couture pour partager les leçons de leur expérience.  Nous avons profité de cette relation pour nous enquérir auprès d’eux du nombre d’entreprises que la famille avait elle-même sollicitées.

De nos échanges avec la famille, nous avons appris que, dans sa démarche pour le changement de nom du boulevard de la Rive-Sud, la famille elle-même n’avait pas sollicité l’appui des commerçants situées sur ce boulevard.  Plus spécifiquement, nous a-t-on dit, leur demande aurait été soutenue simplement par les membres de la famille Couture d’une part et par la Société d’histoire de Lévis, la Société de généalogie et la Société nationale des Québécois de Chaudière-Appalaches d’autre part.

Le changement de nom du boulevard de la Rive-Sud pour le boulevard Guillaume Couture a donc eu lieu sur la seule base de son mérite et de son respect des conditions énumérées précédemment, et ce, sans que la famille Couture comme telle n’ait sollicité l’appui des commerçants ayant pignon sur rue.

Le cas de ce changement de nom illustre le fait que l’appui des commerçants à un tel changement ne figure pas parmi les conditions requises.

Le cas des changements de nom de la Rue Commerciale à Saint-Jean-

Chrysostome et de la 4e Rue à Saint-Romuald

En ce qui concerne le changement de nom de la « Rue Commerciale » à Saint-Jean-Chrysostome et de la « 4e Rue » à Saint-Romuald pour celui « Avenue Taniata », une pétition a circulé à l’époque tel que rapporté sur le site de Radio-Canada le 27 mars 2014 (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/659951/nom-rue-changement-levis-opposition).

Dans cette pétition, les signataires s’objectaient au changement à cause des coûts qu’il générait pour les commerçants au niveau de la papeterie et de la publicité.  Or, malgré les coûts en question, le conseil municipal a procédé au changement de nom, et ce, sur la seule base de son mérite encore une fois.

Taniata n’est pas le nom d’un personnage public, mais plutôt un mot de la langue des Abénakis signifiant « là où poussent les peupliers ».  Néanmoins, le cas de ce changement illustre le fait que les coûts générés pour les commerçants par le changement de nom d’une rue ne figurent parmi les considérations présidant à un tel changement.

En bref

Quoi qu’il en soit, les deux changements ci-dessus ont été bien perçus à l’époque par la population et, selon les renseignements que nous avons obtenus, peu de commerces se sont plaints de ces changements, du moins publiquement.

De plus, à ce que l’on sache, ces deux changements ont été accueillis par les autorités municipales avec ouverture et sans réserve.  Nous espérons qu’il en sera de même pour le projet du boulevard Jean-Garon, un projet étoffé à la mesure du bâtisseur qu’il a été, un projet largement et fortement appuyé.

3.         Les coûts générés par le projet pour les commerçants sis sur la Route du

Président-Kennedy

De quels coûts parle-t-on ?

Le coût de changer les enseignes ?  Aucune nécessité de les changer puisque, vérification faite, le nom de la Route du Président-Kennedy n’apparaît pas sur les enseignes.

Le coût de changer les numéros civiques sur les bâtisses ?  Coût inexistant puisque ces numéros ne changeront pas.

Les cartes d’affaire ?  À l’ère des téléphones intelligents, elles n’ont plus l’importance qu’elles avaient avant.  On peut échanger directement la version numérique de nos cartes d’affaire entre téléphones mobiles.  On peut même faire soi-même ses cartes d’affaires.  Même chose pour la papeterie.

Il faut aussi se rappeler qu’entre le jour où le Conseil municipal prend la décision de changer le nom d’une rue et le jour de son application, il y a un délai, ce qui donne à chacun le temps de se virer et d’amortir le coût du changement.

Par ailleurs, une entreprise dynamique voit dans le changement une opportunité.  Un changement de nom de rue constitue une opportunité de marketing : publicités, produits et services liés au nouveau nom.  Les entrepreneurs ont beaucoup d’imagination en pareilles circonstances et on n’aura pas besoin de leur pousser dans le dos :  ils saisiront d’eux-mêmes l’occasion de coller le nouveau nom du boulevard à leurs activités.  Ça se fera naturellement et ce sera rafraîchissant.

Mais si jamais ces coûts s’avèrent trop onéreux pour certains commerçants, la Ville trouvera bien le moyen de leur venir en aide afin de pouvoir honorer un de ses bâtisseurs à la hauteur de sa contribution.  La ville en a bien les moyens compte tenu de sa santé financière !

4.         Le contexte actuel apparaît éminemment favorable à un tel changement de nom

Avec les percées récentes au niveau des vaccins et le changement de garde chez nos voisins du sud, la lueur apparaît finalement au bout du tunnel que nous venons de traverser tous ensemble.

Progressivement, la période de morosité ambiante cédera la place à une période d’effervescence.

Dans ce contexte, l’arrivée du nouveau boulevard Jean-Garon agira comme un signal pour célébrer la renaissance à l’échelle de notre communauté.

La reprise en main de nos vies qui s’ensuivra fera écho à l’esprit de Jean Garon pour qui l’importance de contrôler son destin a toujours été une valeur centrale au sein de ses discours et de ses actions.

5. Notre décision

Compte tenu de tous les faits et précédents énoncés ci-dessus, notre décision a été de ne pas nous embarquer dans une opération de sollicitation auprès des commerçants pour obtenir un appui formel de leur part à notre projet.

6. Retour à l’essentiel

En terminant, nous aimerions ramener à l’avant-plan de notre proposition les 5 questions autour desquelles est structuré notre argumentaire tel que formulé dans notre intervention au conseil municipal de janvier dernier ainsi que dans la lettre ouverte rendue publique le 7 octobre dernier.

(1)            Pourquoi avoir refusé l’ancien hôtel de Ville de Lévis comme édifice commémoratif ?

(2)            Pourquoi avoir choisi la Route Kennedy comme boulevard de commémoration ?

(3)            Quels sont les avantages de ce choix pour la toponymie de la ville ?

(4)            Pourquoi les coûts de notre projet sont-ils modestes aujourd’hui par comparaison à hier ?

(5)            En quoi notre projet n’enlève-t-il rien à personne ?

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