UN BUDGET BIOALIMENTAIRE QUI NE NOURRIT GUÈRE

À quelques jours de l’annonce de la très attendue nouvelle politique bioalimentaire du Québec, l’Institut Jean-Garon constate que le budget Leitao donne l’impression que cette politique ne comportera pas de changement significatif au cadre légal et réglementaire qui gouverne le secteur depuis plus de 40 ans. Déjà vieux de dix ans, le rapport de la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois (CAAAQ) recommandait pourtant diverses interventions dont la nécessité était amplement documentée et demeure entière.

C’est d’ailleurs avec ce rapport en main que le Premier ministre Philippe Couillard a ouvert le Sommet sur l’Alimentation de novembre dernier, déclarant avec conviction qu’il était temps de passer à l’action. Le fera-t-il vraiment?

Certes, le langage employé dans le budget est rafraîchissant, avec des références peu entendues auparavant à une agriculture plus diversifiée, à un lien plus étroit entre alimentation et santé, à l’importance du bio et de l’agriculture de proximité. Toutefois, les chiffres ne sont pas nécessairement au diapason du discours et, surtout, l’exercice semble se limiter à mettre plus d’argent dans les mêmes vieilles recettes.

Voyons d’abord ces chiffres. Le budget prévoit des crédits additionnels en bioalimentaire de 359 M$ sur cinq ans, dont 59 M$ en 2018-2019. Il s’agit d’un effort non négligeable mais l’Institut Jean-Garon note :

  • que la hausse des dépenses en bioalimentaire pour 2018-2019 est de 1,5% par rapport à l’an dernier alors que le budget global croît de 4,5%;
  • surtout que les crédits additionnels de 59 M$ alloués au secteur pour l’année en cours sont pourvus à même le Fonds de suppléance du gouvernement, habituellement réservé aux imprévus et mesures d’urgence; à six mois d’une élection, ce n’est certainement pas un gage de pérennité pour le plan quinquennal annoncé.

Au-delà des chiffres, c’est toutefois l’absence de toute référence à des changements structurels, notamment en ce qui a trait à la forme de soutien à l’agriculture, à la mise en marché collective, à la gouvernance du secteur et à la protection du territoire agricole qui inquiète le plus. Il s’agit pourtant de domaines où, selon la CAAAQ, il était déjà urgent il y a dix ans d’apporter des ajustements majeurs aux façons de faire héritées des années 70.

Ainsi, rien n’indique que le programme d’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) sera modifié pour évoluer graduellement vers un régime universel d’aide, tel que le recommandait la CAAAQ. De même, on cherche en vain les indices d’un assouplissement aux règles de mise en marché collective, notamment pour permettre à des entreprises engagées dans des circuits courts de se diversifier dans les secteurs sous gestion de l’offre, tels que les œufs et la volaille. Rien de réellement structurant ne semble non plus prévu pour favoriser la mise en valeur du territoire agricole alors qu’environ 50% des terres protégées sont sous-utilisées ou en friches. Enfin, avec des crédits additionnels de seulement 7 M$ sur la période, le soutien au virage vers la production bio est anémique, compte tenu des ambitieux objectifs énoncés lors du Sommet sur l’Alimentation et dans le budget (doubler les superficies d’ici cinq ans).

L’Institut Jean-Garon se réjouit de l’effort annoncé dans le soutien à la formation et à l’innovation, avec une augmentation de 110 M$ sur cinq ans des crédits dédiés à cette mission, dont 80 M$ provenant du Plan québécois des infrastructures. Toutefois, il souhaite que le ministère assume un leadership responsable à l’égard des fonds de recherche confiés à ses partenaires, contrairement à la situation révélée récemment pour la rechercher sur l’usage des pesticides en agriculture (CEROM). Rien de tel n’est décelable dans le budget Leitao.

L’Institut espère toujours que les changements requis aux grandes balises du secteur bioalimentaire se retrouveront dans la nouvelle politique mais il est clair, à la lecture du budget Leitao, que de tels changements devront se réaliser sans véritable impact budgétaire.

 

Jean Pronovost, président de la CAAAQ et président-fondateur de l’Institut Jean-Garon

Guy Debailleul, collaborateur de la CAAAQ et de l’Institut Jean-Garon, professeur associé à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Université Laval

 

 

 

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